Ce que ne nous disent pas tous ces manuels de psychologies destinés à faire de nous des parents acceptables, c'est à quel571195758_small rythme hallucinant parfois évoluent nos enfants. Pas par sauts de puce. Mais chaussés de bottes de 7 lieues!
ien ne nous prépare non plus au rythme auquel nous faisons, nous même, le grand 8 entre les moments d'extase où nous sommes hissés à la hauteur des dieux et le moment où nous léchons le bitume des infortunés déchus.

Personnellement, je m'étais habituée assez facilement à voir mon fils m'aduler comme une déesse au quotidien. A le voir se battre comme un jeune coq arrogant face à son père pour avoir la joie de trottiner à mes côtés, à me répéter que j'étais la plus belle, la plus parfaite des mamans, à l'entendre dire qu'on pourrait certainement trouver pire que moi, mais jamais meilleure (et je cite le jeune auteur…).

Mouais, sauf que…

6a00d83451b18369e2011571e2636e970b_200wiBen voilà, Œdipe s'est barré sans un mot. Pas une explication, rien.
Il était là la veille au soir quand je l'ai couché dans son lit et que ses petits bras me retenaient pour un bisou supplémentaire… et le lendemain matin, plus personne. Evanoui. Dissolu

A la place se tient une étrange créature, mi-larve, mi tyrex, méchamment enfoncée dans mon canapé, hurlant des "pourquoi moi??!!" dès qu'on ose lui demander de cesser net l'exploration publique de son corps et de ses orifices, avec les mêmes doigts qu'il utilise pour manger ses frites.

Finies les déclarations émouvantes sur un coin de table, les envies de câlins aussi pressantes qu'une bouffée d'air, les bisous volés à l'arrachée ! Ces derniers matins, le son de ma voix le ferait presque sursauter tant il m'ignore !

En quelques heures, j'ai été dégradée de créature pensante à décérébrée notoire, d'objet d'adoration à objet de négation. Impossible d'affirmer quelque chose sans que son exact contraire ne sorte de la bouche du fiston autrefois "acquis". Et je passe sur les remarques limites sexistes sur l'utilité des filles qui fusent entre lui et son père, trop content de marquer cette nouvelle alliance masculine. Les entendre m'a inspirer mille et une façons d'éduquer mon jeune poulain, en passant, par exemple, par l'administration de ses chaussettes sales en suppositoire.

Les rares manifestions de tendresse se résument désormais à quelques tapotements polis sur l'épaule, ces petites mains d'hommes encore pataudes qui me rappellent avec quelle facilité, lorsqu'il  était petit, il  nous entortillait autour de son petit doigt en posant ses minuscules paumes sur nos joues.

Je baisse les yeux en soupirant.

C'est à lui ses péniches et cet éventail d'orteils plus grands les uns que les autres???! !
Et c'est bien mon doudou, ce spécimen mâle qui sort de ma cuisine en se grattant élégamment une fesse?

Il se retourne. 
Quelques secondes de grâce.
Et j'entends une voix déjà oubliée me demander:

"Tu vas bien maman?"
Je glapis un pathétique "oui", bien improbable

Oeddiiiiiipe !reviens !!!marre