zenEn arrivant dans la pièce inondée de soleil, j’ai eu un peu de mal à le voir, dans le jeu de transparence des voiles qui  séparaient notre « salon » de son nouveau coin « zen ».

En pleine salutation au soleil mon psy !  Et faites moi confiance, l'ensemble de ses chakras est incroyablement sexy !

J’attends poliment qu’il ait terminé et commence à m’installer à ma place habituelle.

Euh c’est moi ou le fauteuil est moins large ???

 "- C’est le fauteuil assurément", répond doucement mon psy devant mon air interloqué

Eh oui parce qu’avec mon psy, la pensée magique, ça existe ! Il s’installe à son tour, toujours aussi … attractif.

" - On commence ?" me demande-t-il avec un immense sourire qui lui dessine des smileys sur les joues.

Je me fais la réflexion que je pourrai bien passer la séance à le regarder la bave aux lèvres, que ça me ferait autant de bien qu’une véritable session psycho mais comme il a tout compris, il ne lâche pas l’affaire (forcément, la pensée magique a son revers).

Il a les yeux bien rieurs mon psycho-boysband. Ça promet.

"- comment allez-vous ? 

- (je soupire, je commence à la détester cette question) Ça vaaaaaaaa. J’aurais du mal quand même à me plaindre !

- je déteste quand vous dites ça

- je déteste quand vous me posez cette question !

- You’re welcome !

- pfff… "je soupire " Je sais que vous n’avez pas tout à fait tort…En ce moment, franchement je me demande quand même quel message l’univers cherche à me faire passer. Les 10 derniers mois ont été particulièrement douloureux, 10 mois à pleurer des aimés perdus, 10 mois à se sentir écorchée à l’intérieur…

Mon psy me prend doucement la main et la presse tendrement. Et je fonds, je coule sous mes paupières closes. Respirations.

- J’essaie de me raccrocher à mon quotidien MAIS  j’enchaine les disputes stériles avec ma fille, je regarde mon fils foncer dans le mur du redoublement sans pouvoir rien faire

- C’est normal non ?

- Normal normal ! Mais bien sûr que c’est « normal »! est-ce que ça rend les choses plus agréables ? Le projet dans lequel je pensais me lancer très prochainement et dans lequel j’avais commencé à m’investir prend l’eau peu à peu.

- Ouille !

- L’école de massage où je voulais me former vient de m’envoyer un message annonçant sa fermeture

- Je compatis, susurre-t-il

- La colle du carrelage que je viens de poser refuse catégoriquement de sécher et hier soir, j’ai du ramasser les cadavres à moitié fondus de chenilles sur ma terrasse (suite à la petite expérience de petit chimiste de mon fils face au fléau processionnaire)

-   …

-  Et y a une punaise prisonnière de mon verre à dents

-  Pardon ?!

-  C'est ma fille qui l'a capturée. Je déteste les punaises. Ça me colle des frissons rien de que les entendre.

-  Ma foi…

- Et ma collègue a décidé qu’il était temps de se sevrer de notre pause kinder maxi de 14h00. Là, ça été le coup de grâce"

Petit rire étouffé de mon psy

-  " Alors j’ai beau essayer de positiver, de me dire qu’à chaque porte qui se ferme, c’est une autre qui s’ouvre et blablablabla mais là, franchement, la marraine la bonne fée, excusez moi l’expression, elle ch** dans la colle

- M’enfin !!!

- Ouais ben quand même

Je laisse passer quelques angelots histoire de faire oublier cette magnifique tirade

- Finalement, on se croit sorti d’affaires, on se laisse porter un peu par le vent, par le temps et puis d’un coup on réalise qu’on approche dangereusement du mois de juin , que 6 mois ont passé depuis le fameux « cette année, je vais le faire … ». On n’a rien fait. Je viens d’avoir 42 ans et j’ai toujours cette impression d’inachevé... Ferais-je quelque chose réellement un jour ? Est ce que je n’ai pas des rêves plus gros que ma vie ? Est-ce je ne m’entretiens pas dans l’illusion que j’ai quelque chose à faire ?

- Et vous répondez à tout cela en moins de 4 h ?" me demande-t-il avec un immense sourire… "Alors pourquoi selon vous ? parce que vous ne vous accordez pas assez de temps ? une histoire de priorité ?

- Pas seulement. Quand les circonstances l’exigent, je trouve le temps nécessaire. Parfois je me demande si simplement, tout cela ne serait pas plus facile si j’étais… « seule »…"

Je rêve où j’ai vu une lueur d’espoir dans son regard ??

- Seule ? c'est-à-dire ? Célibataire ?

se-libérer-de-ses-émotions-2- Pas seulement. Souvent seule, ça me booste. Je ne suis pas dans l’attente, je ne suis pas dans la prise en compte de l’autre, je suis seule aux commandes, je fonctionne juste pour moi, sereinement, efficacement. Je n’ai pas le choix. Peut-être que j’avancerai mieux si je ne me préoccupais pas du premier chaton au bord de la route !"

Oups changement d’attitude en face; ce froncement de sourcils n’est jamais bon pour moi

"- bon, ça va me faire mal de le dire, mais en quoi Mister Truc est responsable de tout ça ?"

Je suis bouche bée, mâchoire décrochée, yeux exorbités.

- Mais vous êtes dans quel camp ?!!"

 Grand sourire qui l’illumine.

- Le vôtre bien sûr. Mais j’aime bien faire mon psy parfois. Bidule représente-t-il une entrave dans vos projets ? Peut-être vous dit-il que vous n’y arrivez jamais ?

-  Non, je marmonne

-  Il ne vous reconnait aucun talent ?

-  Non, je re-marmonne de moins en moins fort

-  Alors il est où le problème ?

-  mgkgjoigjoeijrrifjff

-  Pardon ? demande-t-il d’une voix doucereuse

-  Rhaaaaaaaa ! C’est bon ! j’ai compris ! de moi ! le problème c’est moi, la solution c’est moi !

-  Allons, ne réagissez pas comme ça non plus. C'est simplement une question de logique. Vous dites que ce serait différent si vous étiez seule. Alors que visiblement, l’obstacle ne vient pas vraiment des autres

-  Ça ne vient effectivement pas des autres mais du fait de me préoccuper des autres. De leurs ressentis, de leur confort, des conséquences de mes actes, de mes paroles. Ça m’épuise et ça me pompe toute mon énergie.

 - Eh bien on avance ! clame-t-il sur un ton victorieux ….(Regard noir de mon côté). Alors qu’est-ce qui vous pousse à être ainsi ? ça vient d’où ?

 -  Je crois que j’ai toujours eu ou pris ce rôle : temporiser, protéger, prendre soin de l’autre, ne pas faire de vague. Parce que je savais que j’avais une compétence là-dedans. Non,- je me reprends- justement, pas une compétence. Ça ne demande, entre guillemets, que du don de soi. Pas de compétences particulières sauf celle de sentir les ambiances autour de soi. Des qualités humaines certes, pas de compétences. Du coup pas de prise de risque si on a du cœur. Mais la crise de la 40 aine c’est ça aussi. J’ai fini d’user ce schéma. J’ai besoin d’avoir des compétences, de la reconnaissance aussi. Et puis, au bout d’un moment, dans le compromis, je trouve qu’il y a parfois une certaine perte d’identité. On perd de vue le moment où l’on fait les choses pour soi, selon ses propres convictions ou pour correspondre aux attentes des autres, pour éviter les heurts et les clashs. Le moment où finalement, on agit pour que tout le monde aille bien, pour que « ça roule », mais en en faisant une telle priorité, qu’on s’oublie totalement et qu’on peinerait presque à se retrouver dans cette guimauve. Et quand on porte un regard sur ce qui s’est passé, on se dit mais elle est où la rockeuse quadra qui mène sa vie hors des lignes toutes tracées?

-  A ce point ?  

- Parfois j’ai l’impression d’entendre les verrous de mes différents rôles se refermer autour de moi en cliquetant (la plupart du temps c’est juste ma hanche mais bon, hein c’est pour la symbolique)

-  Alors, vous voudriez faire quoi? Qu’est-ce qui vous ressemble ?"

Je me redresse

inspiration2"- Parfois je me sens vibrer dans la visualisation de certaines situations. Je sens que ça bouillonne à moi, que c’est à la limite d’éclore mais quand je commence à m’y voir vraiment, y a toujours une petite voix de crécelle qui vient me faire atterrir et me rappeler la réalité, les lessives, les RDV à prendre, les promesses à tenir, etc. Vous savez je pense qu’intérieurement, je suis bien différente de ce que je parais. Il ne me manque pas grand-chose, peut-être juste le courage d’y croire moi-même, de tout laisser sortir et d’assumer. Voire même mieux, de m’en tamponner le coquillard de savoir ce qu’en pensent les autres. Complètement.

J’en ai marre de me répéter, j’en ai même marre de vous entendre me répondre les mêmes choses. Je veux une baguette magique et tout envoyer en l’air. (NB : ou un taser,  c’est bien le taser, un jour je vous parlerai de  ma toute nouvelle vision de l’éducation et des relations humaines à coup de taser) Je suis tellement près et j’ai tellement peur de rater le coche

- Et cette peur c’est quoi finalement ? la peur de réussir ?

- Très drôle ! Parce qu’en plus d’être psychologiquement incorrect, Monsieur tu-peux-faire-ce-que-tu-veux-de-moi se croit drôle !

- J’adore ce nouveau petit nom (dans un dessin animé, les petites étincelles qui sont apparues dans ses yeux auraient fait plein de petits « schling »). Je vais le rajouter à mon CV.

- On se concentre ?? Vous pensiez que j’allais dire que j’avais peur de rater petit malin mais pas du tout !  c’est plutôt la peur de se confronter à une autre réalité, celle qui me dirait que tout ceci, tout ce que je fantasme, n’est pas fait pour moi.

- J’adore votre champ lexical aujourd’hui vous savez… murmure-t-il d’un air songeur - Allons ! Et pourquoi donc ?

- Je quitterai l’image confortable de la nana plutôt sympa et qui assure pour une autre qui ne remportera peut-être pas tous les suffrages. Je ne sais pas si on l’aimera beaucoup

-  Elle est comment cette autre « vous » ?

- C’est pas tellement qu’elle soit une « autre ». Je pense que c’est bien moi en fait, mais en version moins « avouable », moins conventionnelle. Celle qui ne tiendrait pas deux secondes sur un piédestal. C'est juste ce qui me plait bien.

-  Alors vous attendez quoi pour vous affranchir de tout ça ? Toujours la bonne fée, la baguette, etc.

- Et depuis quand les psy parlent comme ça ? je riposte un peu outrée- Vous n’êtes pas supposé rester posé et calme, distiller votre sagesse intérieure, et tout le bouzin ?

- Avec vous, j’ai toujours eu du mal à rester de marbre… Et puis je m’adapte ;  vous n’avez pas besoin de « ouiiiiiii je comprennnnnnnnds » en ce moment

- Certes. Mais quand même. Pour revenir à votre réflexion foireuse, je crois pouvoir apporter un début d’explication. Je pense qu’il faut se fixer des objectifs réels pas seulement suivre des rêves. Par exemple, j’aimerai bien me réveiller un matin avec 15 kilos de moins. Comme ça. La marraine la bonne fée a enfin trouvé ma maison, un coup de  baguette (encore !), des paillettes et hop la ! 3 tailles de perdues ! Mais je pourrais peut-être déjà me donner un coup de main en bannissant le diabolique cookie de mes placards…

- Ok, compris. Alors?  vos objectifs ?

- Il y a tellement d’autres choses qui sont « moi » et que je n’explore jamais. Danser, chanter,  même devant mon grizzly…

- Vous ne le faites jamais ? Oooh, le pauvre homme…

- Peu. J’ai toujours l’impression de repasser le bac devant un examinateur, d’être jugée alors que ce n’est pas forcément le cas. Peur de décevoir peut-être, de sortir de ma zone de confort. D’abandonner cette image de personne fiable, stable, "indispensable",  pour me tenter à être quelqu’un d’un peu ridicule, un peu disjonctée, de moins prévisible.

- Mouais, mais comme vous le dites, vous êtes d’ores et déjà cela et autre chose. Quoi d’autre ?

- finir commencer par l’écrire ce show avec ma super cops parce qu’honnêtement, je suis certaine qu’on a un talent dans ce domaine là, être célèbres et crever les écrans télé 3D, ou du moins l’écrire pour nous, parce que ce sera notre réussite à nous (et notre thérapie de couple certainement aussi ne vous en déplaise) m’investir différemment dans mon travail, m’investir davantage dans ce que j’aime, être de plus en plus « moi » en lâchant peu à peu la carapace qui me pèse sur les trapèzes (et faire des rimes !), écrire davantage, photographier plus même si c’est raté, colorier des mandalas au lieu de faire la lessive, m’écouter dans mes envies impulsives, ne plus avoir tendance à dire « non » à tout ce qui n’est pas anticipé,  accepter et apprécier l’imprévu.

- Ça reste bien théorique tout ça… on est loin des objectifs définis réalisables.impossible

Un petit sourire en coin. Je l’adore  ce psy

- Vous ne m’aurez pas sur ce coup là. La première étape c’était de les dire ces choses là. D’annoncer l’intention.

- Un pas c’est bien. On croit souvent que c’est le plus difficile. Mais c’est faux. Le deuxième et le troisième le sont tout autant. Continuer à avancer, c’est presque aussi difficile

- Je compte bien garder le rythme.

- Je n’en doute pas. Ca me fait encore plus plaisir de vous voir ainsi. Je suis impatient de vous re-découvrir dans quelques temps. Je vous invite dans ma salutation au soleil ? ça vous dit d’aligner votre corps avec le mien? me propose-t-il les yeux malicieux

- évidemment !"

Et croyez-moi qu’étrangement, respirer ensemble, s’étirer ensemble (en tout bien tout honneur…hélas) a quelque chose de fantastiquement sensuel et complice. Respirer au même rythme, écouter le bruit des étoffes ça doit être le secret. Ça ou l’imaginer nu. Ça marche aussi

Position du cobra, chien tête en bas, position de la montagne. Namasté Freudounnet

Mon psy me jette un coup d’oeil oblique.

- Vous êtiez splendide avant. Vous rayonnez à présent. Vous viendrez me voir pour me raconter tout ça ? vous n’allez pas me laisser tomber au moins?

- Jamais, je murmurre. Jamais, je repète. Jamais, je souris

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